Umabel

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 la gifle, conte africain

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Umabel
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Localisation: mandelieu
Date d'inscription: 06/12/2006

MessageSujet: la gifle, conte africain   Lun 4 Juin - 21:00

Dans un petit pays, un despote s'est installé. Ce n'est pas le premier,

ce ne sera pas le dernier. Pour gouverner, il a besoin, comme tout

despote, que son peuple ait peur et qu'il devienne ignorant. Pour la

peur, ce n'est pas difficile : celui qui lui désobéissait avait la tête

coupée. Celui qui le contredisait avait la tête coupée. Celui dont la

tête ne lui revenait pas avait la tête coupée. Parfois il coupait les

têtes sans raison, pour s'amuser. Puis il a pris les hommes les plus

stupides du pays, les plus lâches, les plus veules, lesplus hypocrites,

les plus égoïstes, et il les a mis aux postes clés du royaume : armée,

police, espions.



Rendre un peuple idiot est plus long. Il a interdit tout d'abord que

l'on apprenne à lire et à écrire aux enfants et il a fermé les écoles.

Alors ceux qui savaient lire lisaient les livres à ceux qui ne savaient

pas. Il a brûlé tous les livres du royaume. Les despotes détestent

toujours les livres. Les conteurs sont arrivés et ils ont commencé à

raconter ce qu'autrefois, on lisait dans les livres. Le despote a

interdit les conteurs, les bavards, les histoires.

Mais le soir, dans le secret des maisons, les mères racontaient encore

les vieilles légendes à leurs enfants, pour les endormir et pour peupler

leurs rêves. Les despotes se méfient des rêves de la nuit, ça peut

donner des idées lejour. Il a voulu interdire les mères mais on le lui a

déconseillé. Sans elles, le pays risquait de s'écrouler. Alors il a

recouvert les femmes de tissu, de la tête aux pieds. On ne devait plus

rien deviner d'elles et il leur a ordonné de rester muettes. On ne

voyait plus que leurs mains qui lavaient, préparaient les repas,

s'activaient.



Mais un jour, un espion avertit le despote que dans un village reculé,

une vieille femme apprend à lire et à écrire aux enfants, en traçant des

mots sur le sable. Une fois la leçon terminée, ils effacent les traces

...Le despote décide de faire une punition exemplaire. Il rassemble son

peuple. On fait venir la femme ligotée. D'un geste brusque, le despote

lui retire le tissu qui cache son visage. Il est entièrement ridé. Les

rides de la souffrance se mêlent inextricablement à celles plus fines de

tous les sourires que cette femme a offerts au cours de sa vie. Et dans

cet enchevêtrement de lignes, brillent deux grands yeux d'un noir profond.



- Alors vieillarde décatie, tu oses prétendre détenir le savoir et, pire

encore, le transmettre ?

- Oh non ! répond la femme. Ce que je sais n'est qu'une goutte d'eau

dans l'océan de toutes les connaissances !

- Eh bien, voyons si ta goutte d'eau va nager ou se noyer dans l'océan !

Je vais te poser une question et si tu es incapable d'y répondre, je te

couperai la tête comme à mon habitude ... Et puis je couperai la tête de

tous ces jeunes enfants à qui tu prétendais apprendre à lire, et

pourquoi pas à réfléchir !

Devant le despote, brûle un petit feu. Avec une pince, il prend une

braise rougeoyante et la jette dans une cruche remplie

d'eau. Psssshhhhiiiitttt !!!



- Alors vieillarde ridicule, qui de la braise ou de l'eau a fait ce «

pshittt » que tu viens d'entendre ?

- Je suppose, à la fois, la braise et l'eau .... répond la femme.

- Oui, mais dans quelle proportion exacte d'intensité ? ricane le despote.

La vieille femme ne sait quoi répondre. Elle pâlit, . elle attend la

mort. Mais brusquement elle se souvient que des enfants vont aussi avoir

la tête coupée.



Alors la colère la prend. Une colère magnifique, fantastique,

cataclysmique, une colère historique ! Et pour une fois, quoi qu'on

dise, cette colère est bonne conseillère. Maîtrisant sa rage et sa

haine, respectueusement, elle s'approche du

despote, s'incline humblement puis, d'un coup, elle lève son bras et, de

toute la force de sa colère, sa main, clac ! vient frapper la joue du

despote.

- « Qui de ma main ou de ta joue a fait ce "clac !" que tu viens

d'entendre ? Et surtout dans quelle proportion exacte d'intensité ? »

demande la vieille femme.



Le despote, interdit, se frotte la joue. Il a l'air si ahuri que le

peuple éclate de rire, d'un rire d'une telle ardeur, d'une telle ampleur

qu'il les délivre de leur peur. Ils sont si nombreux ! Ils se jettent

sur les généraux, les espions, le despote. Ils les ligotent tout nus et

les laissent dans la forêt. Sans doute le lion les a déchiquetés, le

crocodile les a dévorés, le léopard les a croqués, la hyène a léché

leurs os et la terrible panthère rouge a sûrement gobé leur petite

cervelle ... Mais on ne va pas pleurer !



Depuis, dans ce pays, on apprend aux enfants que la colère et le rire

sont les armes des pauvres.

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la gifle, conte africain

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